<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>Humanitas Sapiens Sapiens</title><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/</link><description>Je souhaite d&#xe9;crire un personnage nomm&#xe9; Humanit&#xe9;, sous tous les angles que mon inspiration saura me montrer.</description><language>fr</language><lastBuildDate>Wed, 11 Nov 2009 01:16:39 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Boulot de merde</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/12/19/7292903.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/12/19/7292903.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7292903/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/12/19/7292903.html</guid><description>&lt;p&gt;Monsieur l&apos;inspecteur du travail,
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permets de vous adresser directement ce courier, car,
suite &#xe0; de nombreuses &#xe9;chauffour&#xe9;es avec mon m&#xe9;decin du travail, j&apos;en
ai conclu qu&apos;il &#xe9;tait de m&#xe8;che avec mon employeur. Ce courier concerne
la d&#xe9;marche volontaire de harc&#xe8;lement moral que mon sup&#xe9;rieur exerce
sur moi, avec la complicit&#xe9; de coll&#xe8;gues de travail et dans
l&apos;indiff&#xe9;rence de tous les autres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#xe9; avec l&apos;agrandissement de l&apos;entreprise. Je suis
cadre dans une entreprise de divertissement et il y a quelques mois, je
me suis vu attribuer de nouveaux subalternes, ainsi qu&apos;un nouveau chef.
De nouveaux cadres ont &#xe9;galement &#xe9;t&#xe9; embauch&#xe9;s &#xe0; cette occasion.
L&apos;espace a &#xe9;t&#xe9; restructur&#xe9;, rempla&#xe7;ant mon ancien bureau par ce qu&apos;ils
appellent un &amp;quot;open space&amp;quot;. Ca favorise les &#xe9;changes, parait-il. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon employeur, voulant sans doute toucher plus de primes de
l&apos;Etat, a embauch&#xe9; majoritairement des personnes souffrant de handicaps
physiques ou de difformit&#xe9;s, mais quand m&#xea;me des hommes, heureusement.
Mais je ne me fais pas d&apos;illusions. Ce sont, pour l&apos;essentiel, de
jeunes loups qui, comme on dit dans notre jargon, &amp;quot;ont les dents qui
rayent le parquet&amp;quot;. Ils sont pr&#xea;ts &#xe0; toutes les bassesses pour me voler
mes pr&#xe9;rogatives. Ils ont d&#xe9;cid&#xe9; de caresser notre nouveau chef, qui
est d&apos;origine russe, dans le sens du poil. Ils lui &#xe9;crivent leurs
rapports en russe. Je n&apos;y comprends rien, moi, au russe. Ce n&apos;&#xe9;tait pas
dans mon contrat de travail, qu&apos;il fallait que j&apos;apprenne le russe.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#xe9;but, je les trouvais sympas, ces coll&#xe8;gues. Un sourire, un
bonjour. M&#xea;me s&apos;ils ont la t&#xea;te de travers, ce qui n&apos;est pas leur faute
par ailleurs, &#xe7;a mettait une bonne ambiance. Et puis des sourires ils
sont pass&#xe9;s &#xe0; des visages ferm&#xe9;s, faisant la t&#xea;te sans arr&#xea;t. Fini les
bonjour. Je ne sais pas ce que le chef leur a dit sur moi, mais quand
je jette un oeil, par inadvertance, sur eux, je les vois qui
m&apos;observent, d&apos;un regard mauvais. Et au fur et &#xe0; mesure que la
situation empirait, ils ont collectionn&#xe9; les coups bas. Un jour je leur
ai propos&#xe9; une soir&#xe9;e bowling, comme &#xe7;a se fait normalement dans
n&apos;importe quelle entreprise. Ils ont tous, sans exception, lev&#xe9; la main
pour s&apos;inscrire. Huit qu&apos;on &#xe9;tait, c&apos;&#xe9;tait tr&#xe8;s bien. Et bien croyez
moi ou pas, aucun n&apos;est venu. Aucun ! J&apos;ai attendu devant le bowling
pendant deux heures, dans le froid, et personne, pas un pour rattraper
l&apos;autre, pas un coup de fil sur mon iPhone. Le lapin int&#xe9;gral ! Vous me
direz, c&apos;est dans le cadre de la vie priv&#xe9;e, &#xe7;a ne peut pas servir &#xe0;
mon dossier. Mais ce qui m&apos;est arriv&#xe9; le week-end suivant, vous n&apos;allez
pas le croire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normalement, je ne travaille pas le week-end, sauf pour d&#xe9;piler
mes mails &#xe0; la maison, et r&#xe9;pondre &#xe0; deux trois mails, mais c&apos;est
normal. Mais ce dimanche l&#xe0;, je n&apos;&#xe9;tais pas tranquille. Le vendredi,
mes coll&#xe8;gues ne m&apos;avaient pas adress&#xe9; la parole, ils avait un regard
bizarre. Ca m&apos;a mis la puce &#xe0; l&apos;oreille. Ni une ni deux, j&apos;ai saut&#xe9;
dans mon costume et j&apos;ai fonc&#xe9; (en respectant les limitations de
vitesse) au travail. En entrant dans le bureau, j&apos;&#xe9;tais sid&#xe9;r&#xe9;. Tout le
monde &#xe9;tait l&#xe0;, et ils ne m&apos;avaient pas pr&#xe9;venu ! Il y avait une
charette, un coup de bourre, et personne ne m&apos;avait pr&#xe9;venu. Mais si je
n&apos;&#xe9;tais pas venu, &#xe7;a aurait &#xe9;t&#xe9; une occasion parfaite pour eux pour me
faire mettre &#xe0; la porte !
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant plus d&apos;anciennet&#xe9; que les autres, j&apos;aurais cru esp&#xe9;rer de
ma hi&#xe9;rarchie une quelconque forme de soutien. Mais il n&apos;en est rien.
Ils m&apos;ont livr&#xe9; pieds et poings li&#xe9;s &#xe0; mon nouveau chef, ce russe.
Toutes mes plaintes ont &#xe9;t&#xe9; class&#xe9;es sans suites. Mais ce type l&#xe0;,
c&apos;est quelqu&apos;un de dangereux. D&#xe9;j&#xe0;, il fume des cigares &#xe9;normes. Il
empuantit l&apos;&amp;quot;open space&amp;quot; avec sa fum&#xe9;e naus&#xe9;abonde. J&apos;admets que moi
aussi, je m&apos;en grille une petite de temps en temps, mais ce sont juste
des cigarettes, ce n&apos;est pas aussi grave que les cigares. En fait, j&apos;ai
repris &#xe0; fumer depuis que j&apos;ai ce chef. J&apos;ai repris les antid&#xe9;presseurs
et les somnif&#xe8;res aussi. Je bois &#xe9;galement beaucoup plus de caf&#xe9;. Je
m&apos;int&#xe9;resse, &#xe0; mes heures perdues, &#xe0; la morphopsychologie. Un gros
monsieur russe, avec le nez ratatin&#xe9;, le front tr&#xe8;s pliss&#xe9; qui
transpire du gras, c&apos;est soit un ancien boxeur, soit un membre de la
mafia ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il me convoque devant son &#xe9;norme bureau, j&apos;en ai des
sueurs froides. Il me fait vraiment peur, ce gars. Toujours sa chope de
bi&#xe8;re sur le bureau, pour bien faire comprendre qu&apos;il a tous les
droits. Et puis, une fois, je l&apos;ai vu sortir discr&#xe8;tement du tiroir de
son bureau un &#xe9;norme pistolet. Ce n&apos;est pas l&#xe9;gal, &#xe7;a, monsieur
l&apos;inspecteur ! Et ce regard ! Un regard froid et per&#xe7;ant, comme s&apos;il
voyait tous mes petits d&#xe9;fauts. Pr&#xea;t &#xe0; fondre sur moi &#xe0; la premi&#xe8;re
erreur. Je l&apos;ai vu se mettre en col&#xe8;re. Ce n&apos;est pas beau &#xe0; voir. Pas
&#xe9;tonnant que mes coll&#xe8;gues fassent la t&#xea;te, ils doivent &#xea;tre stress&#xe9;s,
comme moi. Mais au lieu de faire corps contre lui, ils ne pensent qu&apos;&#xe0;
leur petite carri&#xe8;re, ces &#xe9;go&#xef;stes !
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&apos;est devenu une habitude chez mon chef de me demander de faire
des choses qui ne rel&#xe8;vent pas de mon poste. Faire le caf&#xe9;. Faire le
m&#xe9;nage. Il m&apos;a sembl&#xe9; comprendre qu&apos;en tant que cadre, c&apos;&#xe9;tait &#xe0; moi de
m&apos;assurer que c&apos;&#xe9;tait fait, mais par forc&#xe9;ment de le faire moi-m&#xea;me.
Pourtant, le r&#xe9;sulat est le m&#xea;me. Vu que mes subalternes ne font rien
de ce que je leur dis, et que je dois passer sans arr&#xea;t derri&#xe8;re eux
pour finir leur travail. Non contents d&apos;&#xea;tre petits et laids, ils sont
fain&#xe9;ants. Un vrai poil dans la main, tous. Je sais bien qu&apos;ils sont
handicapp&#xe9;s, mais quand m&#xea;me. Quand ils croient que je ne les regarde
pas, je les observent du coin de l&apos;oeil. Je vois bien ce qu&apos;il font.
Rien, ils ne font rien de la journ&#xe9;e, &#xe0; part fumer leurs beedies (ce
sont des esp&#xe8;ces de cigarettes indiennes &#xe0; base d&apos;eucalyptus) et boire
des petits verres de vodka pour se faire bien voir de mon patron.
J&apos;admets que de temps en temps, &#xe0; la pause de 22h, je me jette un petit
wiskhy derri&#xe8;re la cravate (avec mod&#xe9;ration quand m&#xea;me). Mais, dans ce
travail difficile, il faut bien se d&#xe9;tendre. On est humain. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire que comme ils ne font rien, mes employ&#xe9;s ne
sont pas touch&#xe9;s par l&apos;ambiance du bureau. Mais c&apos;est tout le
contraire. Ils sont sur les nerfs, et rejettent toute la responsabilit&#xe9;
sur moi. Certes de temps en temps j&apos;ai un mot dur, mais c&apos;est pour les
remotiver, leur donner un coup de fouet (au figur&#xe9; monsieur
l&apos;inspecteur). Parfois, je leur dit qu&apos;ils sont nuls, mais c&apos;est pour
leur donner envie de s&apos;am&#xe9;liorer. Mais hier soir, un incident grave
s&apos;est produit en sortant du bureau.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&apos;ai crois&#xe9; mon plus proche subalterne qui retournait &#xe0; son
bureau alors que j&apos;en sortais. Nous allions l&apos;un vers l&apos;autre. J&apos;&#xe9;tais
press&#xe9; et je ne regardais pas trop devant moi. Et bien ce pauvre type
m&apos;a fonc&#xe9; dessus, et m&apos;a donn&#xe9; un coup de t&#xea;te ! Une agression physique
sur ma personne ! Qu&apos;est-ce que j&apos;ai fait pour m&#xe9;riter &#xe7;a ! Je n&apos;en
peux plus. Si &#xe7;a continue je vais faire une b&#xea;tise, monsieur
l&apos;inspecteur. J&apos;ai amen&#xe9; un pistolet au bureau. Non pas pour tuer
quelqu&apos;un. Juste moi, si j&apos;ai assez de courage. Comme &#xe7;a ils seront
bien emb&#xea;t&#xe9;s, avec mon cadavre pissant le sang sur mon bureau, non, le
bureau de la soci&#xe9;t&#xe9;, comme m&apos;a si bien fait comprendre mon chef. De
temps en temps, je le sors de mon tiroir, et puis je le remets. Je suis
un l&#xe2;che. Je suis un nul, je suis une merde.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aidez moi, je vous en prie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9;, cadre au Palais des Miroirs, place de la F&#xea;te Foraine.
&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 19 Dec 2007 21:55:30 GMT</pubDate></item><item><title>Pauvre petit</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/11/13/6609345.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/11/13/6609345.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6609345/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/11/13/6609345.html</guid><description>&lt;p&gt;Humanit&#xe9; d&#xe9;corait son salon pour No&#xeb;l. Il avait achet&#xe9; un vrai sapin, bien grand, bien vert. Pas un truc maigrichon avec des branches rachitiques, ou bien un plumeau avec des feuilles en plastique. Non, un grand, majestueux sapin de No&#xeb;l. Humanit&#xe9; &#xe9;tait en train d&apos;y accrocher soigneusement des boules et des guirlandes, en faisant bien attention &#xe0; ne pas flanquer un coup de pied maladroit &#xe0; sa cr&#xe8;che. Cela faisait un moment qu&apos;il l&apos;avait, et il y &#xe9;tait attach&#xe9;. Ca lui rappelait son p&#xe8;re. Humanit&#xe9; souriait en se rappelant ces matins miraculeux o&#xf9; il allait le chercher dans son lit, &#xe0; cinq heures, surexit&#xe9; &#xe0; l&apos;id&#xe9;e de d&#xe9;baller son cadeau. Ils descendaient ensemble jusqu&apos;au salon, jusqu&apos;au sapin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et chacun ouvrait son cadeau. Papa &#xe9;tait toujours &#xe9;pat&#xe9; par la cr&#xe9;ativit&#xe9; de son fils : un cendrier fait avec des cailloux coll&#xe9;s, une cath&#xe9;drale en allumettes, une pyramide en bo&#xee;tes &#xe0; oeufs. Quant au fils, il &#xe9;tait toujours aussi &#xe9;merveill&#xe9; : un kit de magie, un pyrograveur, des jeux de guerre, des pistolets, des petits soldats, des chevaliers.&amp;nbsp; Bon, il recevait aussi des choses pratiques comme un briquet (ouh quelle mauvaise id&#xe9;e, la maison avait failli cramer plusieurs fois, un buisson avait flamb&#xe9; dans le jardin), un couteau &#xe0; cran d&apos;arr&#xea;t (il fallait bien qu&apos;il se d&#xe9;fende aussi) et un ... Playboy !!! (des playmobils aussi, mais c&apos;est pas pour jouer &#xe0; la m&#xea;me chose). Parfois il recevait des cadeaux craignos comme des guides de bonnes mani&#xe8;res de Nadine de Rotchild, ou des manuels du parfait officier gentleman qui ne doit jamais, o grand jamais, manger du p&#xe2;t&#xe9; et boire de la bi&#xe8;re, mais du foie gras et du champagne. En se rem&#xe9;morant ces moments avec son papa, Humanit&#xe9; eut une larme tout en posant l&apos;&#xe9;toile en haut du sapin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la fen&#xea;tre, un personnage inqui&#xe9;tant d&#xe9;taillait avec une grande ferveur tous ses faits et gestes. C&apos;&#xe9;tait une femme d&apos;&#xe2;ge m&#xfb;r, maquill&#xe9;e &#xe0; outrance, m&#xe2;chant un chewing gum, et portant des fringues tr&#xe8;s os&#xe9;es pour son &#xe2;ge : une minijupe en cuir tr&#xe8;s ... mini, des jambes r&#xe9;sill&#xe9;es termin&#xe9;es par des bottes avec des talons tr&#xe8;s haut perch&#xe9;s. Une veste en fausse fourrure un peu trop petite pour ses ... poumons, une coiffure blonde p&#xea;tasse bouclett&#xe9;e et laqu&#xe9;e comme un canard. Vraisemblablement, le riche salon bien d&#xe9;cor&#xe9; d&apos;Humanit&#xe9; avait toute l&apos;attention d&apos;une vieille prostitu&#xe9;e d&#xe9;fra&#xee;chie. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n&apos;&#xe9;taient pas les bibelots d&apos;Humanit&#xe9; qui l&apos;int&#xe9;ressaient. Cette pomme frip&#xe9;e et luisante regardait Humanit&#xe9; avec amour, tristesse, regrets, mais avec beaucoup d&apos;amour, et puis de la tristesse aussi, et puis des regrets. Pauvre petit. Il ne tournait pas rond. Et c&apos;&#xe9;tait un peu sa faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle l&apos;avait eu, il y a d&#xe9;j&#xe0; quelques paquets d&apos;ann&#xe9;es, elle avait voulu faire un b&#xe9;b&#xe9; toute seule, comme dans la chanson. A l&apos;&#xe9;poque il n&apos;y avait pas d&apos;ins&#xe9;mination artificielle, alors elle avait partous&#xe9;, comme &#xe7;a se faisait &#xe0; l&apos;&#xe9;poque. Oh, ce n&apos;&#xe9;tait pas sale, c&apos;&#xe9;tait la mode, c&apos;est tout. Il faut comprendre que, malgr&#xe9; son m&#xe9;tier, elle avait encore sa dignit&#xe9; et mettait un point d&apos;honneur &#xe0; justifier sa puret&#xe9;, enfin c&apos;&#xe9;tait avant sa nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis la plus belle p&#xe9;riode de sa vie commen&#xe7;a, sa plus belle, non, sa seule r&#xe9;ussite. Un gros ventre, tout rond, avec ce petit bout de chou qui poussait &#xe0; l&apos;int&#xe9;rieur. Elle avait fait plein d&apos;&#xe9;chographies pour le voir, parce qu&apos;elle ne pouvait pas imaginer qu&apos;il existe. C&apos;&#xe9;tait un vrai petit miracle pour elle. Au d&#xe9;but il ressemblait &#xe0; un petit poisson, puis &#xe0; un petit poussin dans son oeuf, puis &#xe0; un extra-terrestre avec sa grosse t&#xea;te et ses gros yeux (elle essayait de se souvenir de cette soir&#xe9;e, mais &#xe7;a ne lui disait rien, un extra-terrestre). D&apos;ailleurs, c&#xf4;t&#xe9; extra-terrestre, elle avait parfois l&apos;impression qu&apos;un alien voulait sortir de son ventre. Non, elle regardait trop de films. Plus son ventre &#xe0; elle s&apos;arrondissait, et plus elle se sentait belle. Comme elle aimait l&apos;art, elle s&apos;&#xe9;tait essay&#xe9; au modelage de terre glaise, et s&apos;&#xe9;tait repr&#xe9;sent&#xe9;e avec son gros ventre bomb&#xe9;. Elle &#xe9;tait heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le mot bonheur explosa en &#xe9;clats tellement elle l&apos;avait sous-estim&#xe9;, quand le petit bout se d&#xe9;cida &#xe0; sortir. Elle l&apos;aima aussit&#xf4;t, et il lui rendit son amour. Il r&#xe9;clamait son sein, elle le nourissait, et il nourissait son coeur. Elle lui parlait, m&#xea;me s&apos;il ne comprenait pas ce qu&apos;elle lui disait. Mais il &#xe9;tait si mignon quand il babillait, comme s&apos;il voulait lui r&#xe9;pondre. Elle lui souriait. Il lui souriait. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le second amour de cette femme revint la s&#xe9;duire : la bibine. Ca ne la rendait pas violente envers le petit bout, oh non ! Mais &#xe7;a suffisait &#xe0; ce qu&apos;elle l&apos;oublie cinq minutes sur la table &#xe0; langer, qu&apos;elle oublie de v&#xe9;rifier l&apos;eau du bain, et ce qui devait arriver arriva. L&apos;accident b&#xea;te, l&apos;accident de trop. Humanit&#xe9; fut conduit aux urgences par une voisine, pendant que la m&#xe8;re divaguait dans la rue, en appelant d&#xe9;sesp&#xe9;r&#xe9;ment son fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cinq minutes, le juge avait d&#xe9;cid&#xe9; de placer l&apos;enfant. En revanche, il mit des mois pour d&#xe9;cider &#xe0; qui le confier. La m&#xe8;re ne pouvait pas s&apos;occuper de lui, et le p&#xe8;re &#xe9;tait inconnu. Il dilligenta une enqu&#xea;te de police pour retrouver le papa. L&apos;enqu&#xea;te fut tr&#xe8;s prolifique, trop m&#xea;me. Ce gosse avait au moins une bonne douzaine de p&#xe8;res ! Il faut savoir qu&apos;&#xe0; l&apos;&#xe9;poque, l&apos;ADN n&apos;existait pas, et comme le gamin &#xe9;tait quelconque, ils croyaient tous qu&apos;il &#xe9;tait leur fils : &amp;quot;Regarde il a mon nez&amp;quot;,&amp;quot;Mais non, il a mon front !&amp;quot;. Et tous &#xe9;taient d&apos;accord pour s&apos;occuper de lui, ils se battaient m&#xea;me pour &#xe7;a. Alors le juge fit une justice digne de Salomon : l&apos;enfant serait confi&#xe9; &#xe0; chaque p&#xe8;re candidat, &#xe0; tour de r&#xf4;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un sens, il n&apos;aurait jamais pu &#xea;tre aussi chouchout&#xe9;, ce gamin. Il connut tous les bons c&#xf4;t&#xe9;s d&apos;un p&#xe8;re. A eux tous ils en &#xe9;taient capable. A eux tous, ils &#xe9;taient aussi capable du pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&apos;un apr&#xe8;s l&apos;autre, ils mirent tous un point d&apos;honneur &#xe0; assurer son &#xe9;ducation. Il apprit &#xe0; ranger ses affaires, &#xe0; faire ses devoirs, &#xe0; bien se tenir (&amp;quot;Mets pas tes coudes sur la table !&amp;quot;, &amp;quot;Dis bonjour &#xe0; la dame !&amp;quot;, &amp;quot;Mange pas tes crottes de nez !&amp;quot;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#xe8;re &#xe9;tait filoute. Elle suivait le changement de maison de son fils, et essayait de s&#xe9;duire chaque p&#xe8;re, l&apos;un apr&#xe8;s l&apos;autre, pour gagner le droit de voir son fils malgr&#xe9; l&apos;interdiction formelle du juge. Mais &#xe0; chaque fois &#xe7;a se passait de la m&#xea;me fa&#xe7;on. Tant qu&apos;elle se donnait corps et ... corps au p&#xe8;re int&#xe9;rimaire, elle &#xe9;tait tol&#xe9;r&#xe9;e. Il fallait juste qu&apos;elle se fasse passer pour une copine du papa, mais il ne fallait jamais qu&apos;elle dise &#xe0; Humanit&#xe9; qu&apos;elle &#xe9;tait sa maman. Et puis, &#xe0; chaque coup, &#xe7;a d&#xe9;rapait. Elle se demandait si &#xe7;a n&apos;avait pas un lien avec la barbe (tous des barbus, ou presque, chacun son fantasme). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#xe9;but il &#xe9;tait gentil ,faisait des cadeaux &#xe0; son fils, l&apos;emmenait au zoo. Puis un petit incident faisait d&#xe9;railler le petit train du petit bonheur : le gamin chipait la pomme du papa, une petite pi&#xe8;ce dans le porte monnaie. Ou il &#xe9;voquait un autre papa (il pouvait bien le bougre, maintenant un juge ne prendrait plus une d&#xe9;cision aussi stupide). Et l&#xe0;, c&apos;&#xe9;tait la claque, le coin, le placard noir et effrayant, priv&#xe9; de manger. Et &#xe7;a c&apos;&#xe9;tait quand il avait de la chance. l&apos;un lui enfon&#xe7;a des cigarettes allum&#xe9;es sur le visage, un autre le marqua au fer rouge, encore un autre lui amputa un doigt, et plusieurs (elle ne savait pas combien) abus&#xe8;rent de lui. Et &#xe7;a c&apos;&#xe9;tait tr&#xe8;s mal. Le pauvre petit &#xe9;tait tellement d&#xe9;boussol&#xe9; qu&apos;il se mordillait les bras, pour se rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maman avait peu de marge de manoeuvres pour &#xe9;viter ces tourments &#xe0; son enfant. D&apos;abord elle bouddhait, puis faisait la gr&#xe8;ve du sexe. Mais &#xe0; l&apos;&#xe9;poque (malheureusement &#xe7;a existe encore, parfois), la gr&#xe8;ve du sexe signifiait que le p&#xe8;re pouvait forcer le distributeur qui ne voulait pas lui servir de canette. Elle fut viol&#xe9;e, maintes fois, battue, mais surtout humili&#xe9;e, et rabaiss&#xe9;e aupr&#xe8;s de son fils. Ils lui apprirent &#xe0; d&#xe9;tester les femmes, &#xe0; les humilier, les battre et les violer. Mais le pire, ils lui apprirent &#xe0; croire que c&apos;&#xe9;tait normal. Pourtant, dans le m&#xea;me temps, ils le gavaient de livres de bonnes mani&#xe8;res et de morale. Rien de tel que la contradiction pour dominer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le petit en avait trop pris, il fuguait. Un m&#xe9;decin l&apos;examinait, et le juge le changeait de p&#xe8;re aussit&#xf4;t. Et elle le suivait. Mais de plus en plus vieille et de plus en plus moche, son num&#xe9;ro de charme op&#xe9;rait de moins en moins. Elle se fit refaire les seins, un lifting, quelques bricoles. Mais les bricoles co&#xfb;taient de l&apos;argent. Elle emprunta de l&apos;argent &#xe0; un ex qui &#xe9;tait plein aux as. Elle continua son man&#xe8;ge avec son fils, mais au prix d&apos;une passe ou deux par semaine. Rien de bien grave, avec tous les mecs qui &#xe9;taient pass&#xe9;s dans son lit. Mais petit &#xe0; petit, son ex lui mit la pression, et devint son mac. Et de paum&#xe9;e, elle devint une prostitu&#xe9;e. Et son fils n&apos;entendit plus parler d&apos;elle, et ne garda d&apos;elle qu&apos;un souvenir d&#xe9;form&#xe9;. Celle qui faisait tout pour que son papa ne l&apos;aime plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comble du hasard, de la chance, ou de la malchance, le dernier papa sur lequel Humanit&#xe9; &#xe9;choua fut justement le mac de sa m&#xe8;re. Un homme tr&#xe8;s puissant, omnipr&#xe9;sent. Ce n&apos;&#xe9;tait pas par la force qu&apos;il battait son fils, c&apos;&#xe9;tait par les mots. Des mots qui rendent con. Oui &#xe7;a existe madame, des mots qui rendent con. Humanit&#xe9; l&apos;&#xe9;coutait tous les jours, comme hypnotis&#xe9;. Et tous les jours le p&#xe8;re lui expliquait que la graisse c&apos;&#xe9;tait bien, donc il fallait qui en ait le plus possible. Mais que ses bras et ses jambes n&apos;en avaient pas besoin. Au contraire, il fallait qu&apos;il fasse beaucoup de sport, et qu&apos;il travaille beaucoup. Il le f&#xe9;licitait pour son dernier 4X4 au biogras, extrait naturellement des baleines. Il prenait un malin plaisir &#xe0; lui montrer des films cochons, avec sa propre m&#xe8;re comme h&#xe9;roine. S&apos;il savait le pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pauvre. Tellement chamboul&#xe9; qu&apos;il croyait n&apos;avoir qu&apos;un seul p&#xe8;re, depuis toujours. Mais ses souvenirs se battaient dans sa t&#xea;te. Il croyait aussi que sa m&#xe8;re &#xe9;tait une salope, et qu&apos;elle l&apos;avait abandonn&#xe9; dans une poubelle, et qu&apos;elle n&apos;avait jamais voulu de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &amp;quot;Qu&apos;est-ce que tu fous l&#xe0; ?&amp;quot; C&apos;&#xe9;tait lui, a&#xef;e ! Elle &#xe9;tait rep&#xe9;r&#xe9;e !&lt;br /&gt;- &amp;quot;C&apos;est moi, Humanit&#xe9;. Joyeux No&#xeb;l&amp;quot;&lt;br /&gt;- &amp;quot;Qu&apos;est ce que tu fous l&#xe0; sale pute ?&amp;quot; hurla-t-il, la t&#xea;te et un bras sortis de l&apos;entrebaillement de la porte. Le bras tenait une batte de baseball, et sa bouche crachait un venin mille fois plus mortel que le virus Ebolla.&lt;br /&gt;- &amp;quot;Je suis juste venu voir si tu allais bien.&amp;quot;&lt;br /&gt;- &amp;quot;D&#xe9;gage, je te dis ! D&#xe9;gage de chez moi ! Sinon j&apos;appelle les flics et ils embarqueront ta sale carcasse de sale pute !&amp;quot;&lt;br /&gt;- &amp;quot;Mais je suis ta ...&amp;quot;&lt;br /&gt;- &amp;quot;Tu es mon cauchemard. C&apos;est ta faute si je suis malade aujourd&apos;hui ! C&apos;est ta faute si j&apos;ai mon cancer et que je vais crever !&amp;quot;&lt;br /&gt;- &amp;quot;Mais non, tu gu&#xe9;rira, &#xe7;a va aller, je vais ...&amp;quot;&lt;br /&gt;- &amp;quot;Tu vas d&#xe9;gager, connasse. Je ne veux plus jamais te voir de ma vie !&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte claqua. Elle s&apos;enfuit en titubant, chancelant en d&#xe9;s&#xe9;quilibre instable sur ses bottes &#xe0; talons. Elle pleura, beaucoup, mais il y avait une solution. A l&apos;abri d&apos;une ruelle sombre, elle sortit une cuill&#xe8;re, un briquet, elle ramassa une vieille seringue rouill&#xe9;e qui trainait par terre. Une lueur magique lui redonna du baume au coeur, et un geste, machinal maintenant, la ramena l&#xe0; o&#xf9; elle n&apos;avait jamais mal. Dans un jardin ensoleill&#xe9;, allong&#xe9;e sur une couverture, son ventre rond, si rond, son b&#xe9;b&#xe9; lui tapant dans le ventre pour lui dire que m&#xea;me s&apos;il lui faisait mal, il l&apos;aimait toujours, et qu&apos;il l&apos;aimerait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte claqua. Humanit&#xe9; s&apos;appuya sur un mur du couloir, dans un &#xe9;tat de rage comme il avait rarement &#xe9;t&#xe9;. Seulement, il ne savait pas contre qui la porter cette rage. Et il regrettait. Il savait qu&apos;il avait fait mal. Il savait. Il ne savait pas pourquoi il lui avait dit tout &#xe7;a, comme s&apos;il s&apos;adressait &#xe0; une personne qui n&apos;existait plus. Ben oui c&apos;&#xe9;tait une sale pute. Ben oui c&apos;&#xe9;tait une femme d&#xe9;rang&#xe9;e, dangereuse peut &#xea;tre. Non, s&#xfb;rement dangereuse. Il la voyait souvent r&#xf4;der dans le coin, gr&#xe2;ce &#xe0; ses cam&#xe9;ras de s&#xe9;curit&#xe9;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se reprit. Il alla dans la cuisine, il sortit la dinde du four et se servit une part. Il mit cette part dans une belle assiette, et alla s&apos;installer seul &#xe0; la table de la salle &#xe0; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la premi&#xe8;re bouch&#xe9;e, ses machoires se contract&#xe8;rent. Alors que, normalement, il aurait d&#xfb; les desserrer pour mastiquer, elles se contract&#xe8;rent davantage. Plus il luttait, plus son corps le reniait. Ses tempes battaient la chamade, essayant de suivre son coeur. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une douleur lancinante remonta le long de son &#xe9;pine dorsale. Il sut alors que la douleur allait jaillir par ses yeux. Sa respiration &#xe9;tait saccad&#xe9;e, la bouche a pr&#xe9;sent grande ouverte, mais l&apos;arri&#xe8;re de son cou &#xe9;tait si tendu qu&apos;il avait encore l&apos;impression de serrer les machoires. Des pens&#xe9;es lui tournaient dans la t&#xea;te. Il voulait en retrouver une bonne, une &#xe0; laquelle s&apos;accrocher pour ne pas perdre pied. Mais toutes, sans exception, toutes, s&apos;&#xe9;croulaient. Il se leva de table, mais ses jambes ne le supportaient plus. Il s&apos;&#xe9;croula le long du mur, &#xe9;teignant la lumi&#xe8;re par accident, condamn&#xe9; au noir par une sorte de justice divine. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les larmes jaillissant comme un jeyser, il produisit un grand &amp;quot;AAAAAAAAA&amp;quot; avec sa bouche. Ses dents du haut &#xe9;taient en avant, comme un cr&#xe9;tin. Comme un gamin. Le grand &amp;quot;AAAAAAAAA&amp;quot; se poursuivit pendant plusieurs minutes, interrompu seulement par des reprises de souffle et des reniflements. Quand le grand &amp;quot;AAAAAAAAA&amp;quot; disparut, il reniflait toujours, ses yeux coulaient toujours, mais son pouce obstruait sa bouche. Et cette fois-ci il ne le mangeait pas. Il le t&#xea;tait. Un seul souvenir le calmait enfin. Un souvenir chaud, humide et doux. Un souvenir d&apos;amour.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 13 Nov 2007 12:13:00 GMT</pubDate></item><item><title>Corpore sano</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/11/02/6744578.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/11/02/6744578.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6744578/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/11/02/6744578.html</guid><description>&lt;p&gt;Humanit&#xe9; pose son pull dans le casier, d&#xe9;couvrant son original tee-shirt blanc uni. Il ferme son casier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &amp;quot;Salut Humanit&#xe9;, &#xe7;a va ? &#xc7;a faisait un moment qu&apos;on ne t&apos;avait pas vu.&lt;br /&gt;- Salut, oui, ben, avec le boulot, tout &#xe7;a...&lt;br /&gt;- Oui c&apos;est s&#xfb;r. Mais bon, tu sais, il faut venir r&#xe9;guli&#xe8;rement si tu veux progresser.&lt;br /&gt;- Je sais, je sais. Toute la semaine derni&#xe8;re on a &#xe9;t&#xe9; un peu charrette, mais l&#xe0; ce sera plus facile de me lib&#xe9;rer avant huit heures.&lt;br /&gt;- Mais tu sais, si tu veux prendre plus vite de la masse, tu peux prendre du compl&#xe9;ment.&lt;br /&gt;- Ah ouais, tu prends des trucs toi ?&lt;br /&gt;- Oui, du Musclor 2000. C&apos;est naturel, c&apos;est de la prot&#xe9;ine de soja, j&apos;ai pris 5cm de tour de bras, et 4cm de tour de poitrine en 4 semaines.&lt;br /&gt;- Ben je sais pas trop. J&apos;h&#xe9;site encore.&lt;br /&gt;- C&apos;est comme tu le sens&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; entre dans la vaste salle qui domine le centre commercial, avec ses immenses baies vitr&#xe9;es. Des machines impressionnantes sont &#xe0; la disposition de toutes celles et ceux qui veulent transpirer pour purifier leur corps de toutes ces toxines et perdre leurs kilos en trop. Il y en a pour tous les go&#xfb;ts, des classiques bancs avec leurs halt&#xe8;res aux r&#xe9;pliques modernes de la Vierge de Fer, laquelle ne faisait pas transpirer que de la sueur. Mais il faut toujours commencer par l&apos;&#xe9;chauffement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#xe8;s avoir salu&#xe9; quelques connaissances, Humanit&#xe9; s&apos;assoit sur son &#xe9;quipement pr&#xe9;f&#xe9;r&#xe9;, le p&#xe9;dalorameur. Il r&#xe8;gle le programme sur 45 minutes, cale ses pieds dans les p&#xe9;dales puis agrippe les rames. C&apos;est g&#xe9;nial le p&#xe9;dalorameur. &#xc7;a permet de s&apos;&#xe9;chauffer, de muscler &#xe0; peu pr&#xe8;s tous les muscles, sauf les abdos, mais ce n&apos;est pas grave, parce que &#xe7;a fait trop mal de muscler les abdos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq premi&#xe8;res minutes sont les plus dures. Apr&#xe8;s, on se sent capable de traverser l&apos;atlantique. C&apos;est plus ou moins ce qu&apos;Humanit&#xe9; a pr&#xe9;vu avec le programme &amp;quot;rattrapage s&#xe9;v&#xe8;re&amp;quot; de la machine. Les bras qui rament en cadence, les jambes qui moulinent. Ces gestes lui font tout oublier. Il se sent comme dans une bulle. Il n&apos;est plus question du stress du boulot, des soucis du quotidien. C&apos;est comme s&apos;il &#xe9;tait vraiment en plein milieu de l&apos;atlantique. Il a m&#xea;me le go&#xfb;t du sel sur les l&#xe8;vres. Ce dont il est certain, c&apos;est qu&apos;il va bien dormir ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit hic, Humanit&#xe9; ne sait pas pourquoi, c&apos;est que ses jambes ne p&#xe9;dalent pas forc&#xe9;ment aussi vite l&apos;une que l&apos;autre. Peut &#xea;tre que ses jambes n&apos;ont pas la m&#xea;me longueur. N&apos;emp&#xea;che qu&apos;il y en a une qui s&apos;emballe parfois, et le pied se d&#xe9;croche de la p&#xe9;dale. Au final, comme l&apos;autre garde un rythme r&#xe9;gulier et ne d&#xe9;croche pas, le p&#xe9;dalier tourne &#xe0; peu pr&#xe8;s r&#xe9;guli&#xe8;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de trente minutes, le moniteur du p&#xe9;dalorameur le rappelle &#xe0; l&apos;ordre d&apos;une voix suave : &lt;br /&gt;- &amp;quot;Vous &#xea;tes en train de ralentir, veuillez maintenir le rythme&amp;quot;. Humanit&#xe9; se croit oblig&#xe9; de lui r&#xe9;pondre :&lt;br /&gt;- &amp;quot;Mais non, enfin je n&apos;y peux rien !&amp;quot;&lt;br /&gt;Voil&#xe0; ce que c&apos;est de ne pas venir r&#xe9;guli&#xe8;rement, se dit-il. Il faut faire des efforts pour progresser. Humanit&#xe9; tente de faire correspondre sa vitesse &#xe0; l&apos;indicateur, mais ses muscles engourdis font la sourde oreille. Malgr&#xe9; lui, il ralentit. Il n&apos;arrive plus &#xe0; tenir la cadence. &#xc7;a l&apos;&#xe9;tonne quand m&#xea;me un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entra&#xee;neur passe dans son all&#xe9;e. Il ne le conna&#xee;t pas, celui-l&#xe0;.&lt;br /&gt;- &amp;quot;Vous fatiguez l&#xe0;, il vaut mieux vous arr&#xea;ter et faire une petite pause.&lt;br /&gt;- Oui, Huma, si tu n&apos;en peux plus, ne force pas.&amp;quot; croit bon de rajouter une autre rameuse avec laquelle il a juste bavard&#xe9; deux ou trois fois. Elle lui pla&#xee;t beaucoup, et c&apos;est d&apos;autant plus g&#xea;nant. Il finit par d&#xe9;cider de s&apos;arr&#xea;ter. Il s&apos;assoit en travers de la machine malgr&#xe9; les &amp;quot;bips&amp;quot; insistants de celle-ci, et se frotte les jambes endolories. Il ramasse son tube de baleigel, &#xe0; base de graisse de baleine naturelle, et commence &#xe0; masser ses mollets et ses quadriceps. Au moins, il aura appris par la pratique o&#xf9; sont les quadriceps. Le gel est un peu froid au d&#xe9;but, puis lui chauffe rapidement les jambes, lui procurant un&amp;nbsp; certain bien-&#xea;tre. Bon, les bras sont un peu durs, mais il ne reste plus beaucoup de baleigel, et c&apos;est cher. Il suffira de s&apos;enduire ce soir les bras de beurre de cacahu&#xe8;tes et le tour sera jou&#xe9;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pote de casier, amateur de soja, s&apos;installe &#xe0; une machine proche et l&apos;encourage.&lt;br /&gt;- &amp;quot;En g&#xe9;n&#xe9;ral c&apos;est bon signe d&apos;avoir un peu mal, &#xe7;a veut dire qu&apos;on progresse.&lt;br /&gt;- Oui, alors je sens que j&apos;ai bien progress&#xe9; l&#xe0;.&lt;br /&gt;- Tu sais, au bout d&apos;un moment, on s&apos;y fait &#xe0; la douleur. Je dirais m&#xea;me que quand on la sent pas quand on s&apos;entra&#xee;ne, c&apos;est pas normal. C&apos;est qu&apos;on s&apos;entra&#xee;ne mal ou pas assez. &#xc7;a marche bien ta cr&#xe8;me l&#xe0; ? C&apos;est quoi ? Du phoquagel ?&lt;br /&gt;- Non, du baleigel.&lt;br /&gt;- Ah, oui, &#xe7;a fait bien &#xe7;a aussi. Tu as d&#xe9;j&#xe0; fini l&#xe0; ?&lt;br /&gt;- Non, je vais faire quelques s&#xe9;ries de d&#xe9;velopp&#xe9;s-couch&#xe9;, et apr&#xe8;s j&apos;y vais.&amp;quot; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; aime bien les gens, mais l&#xe0;, il n&apos;a plus envie. Il s&apos;&#xe9;loigne vers le banc de musculation le plus &#xe9;loign&#xe9; de son ami pot de colle, de &amp;quot;Monsieur l&apos;Entra&#xee;neur Je Sais Tout Mieux Que Tout Le Monde&amp;quot;, de &amp;quot;Madame De Quoi Je Me M&#xea;le&amp;quot;. Il pose les poids habituels de chaque c&#xf4;t&#xe9; de la barre, plus deux de cinq kilos. Normalement, il aurait d&#xfb; demander &#xe0; l&apos;entra&#xee;neur de l&apos;assister, au dessus de lui, pour &#xe9;viter un p&#xe9;pin. Mais quel p&#xe9;pin ? Un du genre &amp;quot;T&apos;en as trop mis, enl&#xe8;ve dix kilos de chaque c&#xf4;t&#xe9;&amp;quot; ? Ou bien &amp;quot;Le cours de gym pour enfants, c&apos;est l&apos;autre salle&amp;quot; ?&amp;nbsp; Il se met en position, tente de lever la barre. C&apos;est lourd, tr&#xe8;s lourd. Il expire bruyamment. Allez, trois s&#xe9;ries de dix. Une, deux, trois, quatre ... &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#xe8;me s&#xe9;rie est un enfer. Il manque par deux fois de se prendre la barre charg&#xe9;e directement sur les pectoraux. Il se rel&#xe8;ve et se frotte le bras gauche. Il est tellement engourdi qu&apos;il n&apos;arrive plus &#xe0; le sentir. Ce n&apos;est pas normal. Il a trop forc&#xe9;. La main tremble. Pourtant, il ne la sent pas trembler. &amp;quot;Allez,&amp;quot; encourage-t-il son membre inanim&#xe9;, &amp;quot;r&#xe9;veille-toi, tu ne vas pas te f&#xe2;cher pour si peu&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&apos;un coup, sa main bouge, son poing se crispe, et s&apos;&#xe9;crase violemment sur son nez. Heureusement qu&apos;il avait d&#xe9;j&#xe0; &#xe9;t&#xe9; cass&#xe9;, sinon c&apos;&#xe9;tait pour cette fois. Mais la main maudite ne s&apos;arr&#xea;te pas l&#xe0;. Elle griffe sa camarade de droite avec rage. &amp;quot;C&apos;est pas possible !&amp;quot;, Humanit&#xe9; n&apos;y croit pas. Devant lui, ses mains se battent entre elles, comme deux coqs enrag&#xe9;s, sans aucune sollicitation de sa part. Malgr&#xe9; les regards qui se braquent sur lui, il tente de raisonner ses mains, les menace, fait le coup du gros sourcil qui fait peur aux enfants, mais sans succ&#xe8;s. Il perd le contr&#xf4;le. Ses jambes tremblent &#xe0; leur tour. &amp;quot;Mon Dieu, c&apos;est en train de se r&#xe9;pandre !&amp;quot;. Il est en plein cauchemar. Il faut que &#xe7;a cesse, tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; mord. Il mord &#xe0; pleines dents son bras gauche. Il mord jusqu&apos;au sang, qui s&apos;&#xe9;coule d&#xe8;s que les dents se retirent. Un sang noir, qui va forc&#xe9;ment laisser des traces sur son tee-shirt blanc. Une fois accompli ce geste de pure folie, il retrouve ses esprits et l&apos;usage de ses muscles. Des regards effray&#xe9;s et courrouc&#xe9;s tentent de le transpercer, &#xe0; travers la jungle de cadres m&#xe9;talliques, de poids et de poulies. Mais c&apos;est le regard qu&apos;il se porte &#xe0; lui-m&#xea;me, de l&apos;int&#xe9;rieur, qui le terrorise le plus. &amp;quot;Il fallait que je le fasse&amp;quot;, se r&#xe9;p&#xe8;te-t-il. &amp;quot;Il fallait que je le fasse&amp;quot;. Maintenant, il a mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sort un mouchoir de sa poche, un mouchoir blanc, et le pose sur la morsure, dessinant une tache sur le mouchoir. Il d&#xe9;sinfectera &#xe0; la maison. Tout son corps est mal &#xe0; l&apos;aise, il est un peu engourdi de partout, m&#xea;me des abdos, qui n&apos;ont pourtant pas travaill&#xe9;. Il rase les murs silencieusement, au lieu de couper &#xe0; travers les machines. Mais comme &#xe7;a rallonge son trajet vers les vestiaires, &#xe7;a ne fait que donner du temps aux gens pour murmurer des choses. Des choses certainement d&#xe9;sagr&#xe9;ables &#xe0; entendre. Il ne prend pas de douche, attrape son pull et son sac. Il s&apos;&#xe9;chappe de ce lieu &#xe9;touffant en clopinant, dans une d&#xe9;marche saccad&#xe9;e, comme un robot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a besoin de se consoler devant un bon repas. Le MacDo est &#xe0; cent m&#xe8;tres. Mais il est crev&#xe9;, il en a marre. Et surtout, il n&apos;a envie de voir personne. Il monte dans son 4x4 rutilant, et d&#xe9;marre le moteur d&#xe9;bordant de chevaux. Le ronronnement le rassure. Prenant un peigne dans la boite &#xe0; gants, il remet de l&apos;ordre dans ses cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le micro du MacDrive, Humanit&#xe9; a retrouv&#xe9; sa verve :&lt;br /&gt;- &amp;quot;Un 280, un chiken, des nuggets, un big mac et un menu bacon.&lt;br /&gt;- Vous prenez quoi comme boisson avec votre menu ?&lt;br /&gt;- Un coca. Je veux aussi de la mayonnaise.&lt;br /&gt;- Et du Ketchup ?&lt;br /&gt;- Oui, du ketchup aussi.&lt;br /&gt;- Voulez-vous un dessert ?&lt;br /&gt;- Non, &#xe7;a devrait aller, l&#xe0;.&amp;quot; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois embarqu&#xe9;e la palette de baume au coeur, Humanit&#xe9; t&#xe2;tonne dans les sac et d&#xe9;couvre un intrus. Dans toute cette masse de graisse chaude, un petit r&#xe9;cipient froid. Un sundae sans doute. Il devait &#xea;tre pour le client suivant. Tant pis pour lui.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 02 Nov 2007 00:13:00 GMT</pubDate></item><item><title>Chez Mimile</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/25/6663696.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/25/6663696.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6663696/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/25/6663696.html</guid><description>&lt;p&gt;Humanit&#xe9; gara son 4x4 biogras dernier mod&#xe8;le sur une place handicap&#xe9;, c&apos;&#xe9;tait la derni&#xe8;re place disponible &#xe0; moins de dix m&#xe8;tres de chez Mimile. La place &#xe9;tait large, et comme il voulait occuper tout l&apos;espace, il s&apos;&#xe9;tait gar&#xe9; de travers. &amp;quot;Au moins ce sera plus facile de sortir&amp;quot;, se justifia-t-il int&#xe9;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;-Salut Mimile ! Salut les gars !&lt;br /&gt;-Salut Humanit&#xe9; ! Tu viens taper le carton ?&lt;br /&gt;-Nanan j&apos;ai pas le temps. Mimile, un ballon de rouge et mon petit boursogratgrat&lt;br /&gt;-Salut ! Pas de probl&#xe8;me, comme d&apos;habitude.&lt;br /&gt;-Et puis je voudrais un paquet de gitanes ma&#xef;s&lt;br /&gt;-Un paquet entier ? T&apos;es au courant des nouvelles lois ?&lt;br /&gt;-Quoi ? J&apos;ai pu le droit de fumer chez toi ? C&apos;est &#xe7;a ?&lt;br /&gt;-Non, lis la pancarte, sous le comptoir &#xe0; tabac&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, sous le comptoir &#xe0; tabac, qui recyclait, t&#xea;te en bas, une bonne douzaine de chewing gums, une pancarte toute neuve affichait les nouvelles dispositions &#xe9;tablies par la derni&#xe8;re technocratie au pouvoir. On pouvait y lire le texte suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article quarante douze bis alin&#xe9;a quatre : Les d&#xe9;bits de tabac sont tenus de disposer d&apos;un local clos et de taille appropri&#xe9;e, permettant aux tabacoliques d&apos;assouvir leur vice. En outre, il ne sera pas tol&#xe9;r&#xe9; que les susdits tabacoliques quitassent l&apos;&#xe9;tablissement en possession d&apos;une seule cigarette. Par cons&#xe9;quent, il est de la responsabilit&#xe9; du d&#xe9;bitant de faire consommer aux sussusdits tabacoliques la totalit&#xe9; des cigarettes qu&apos;ils auront achet&#xe9;es.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mimile tendit le doigt vers une esp&#xe8;ce de boite en plastoc transparent, bien planqu&#xe9;e au fond de la salle, dans un recoin &#xe0; l&apos;abri des regards. &amp;quot;Non, ce n&apos;est quand m&#xea;me pas &#xe7;a !&amp;quot;, se dit-il. Il y avait tout juste assez de place pour une chaise de jardin et un cendrier. Une sorte de cage &#xe0; singe. Un singe amateur de gitanes ma&#xef;s, en plus. Et le singe c&apos;&#xe9;tait lui. En ouvrant la porte en plexi, une odeur de cancer du poumon faillit le tuer net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;- Tu veux du brise ? lui demanda Mimile, plein de compassion.&lt;br /&gt;- Ah &#xe7;a non, d&#xe9;j&#xe0; que je vais puer le f&#xe9;nec en sortant, je ne vais pas en plus sentir comme tes chiottes&lt;br /&gt;- Comme tu veux.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu&apos;il parlait &#xe0; Mimile, quelque chose rebondit sur une paroi de la cage. Il aurait jur&#xe9; que c&apos;&#xe9;tait une cacahuette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;- Les gars &#xe7;a va, hein ! Vous rigolerez moins quand ce sera votre tour !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Allez Huma, plus que deux !&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; n&apos;avait jamais autant fum&#xe9; en si peu de temps. Mais il fallait les fumer toutes, jusqu&apos;au bout, c&apos;&#xe9;tait la loi. Il eut une pens&#xe9;e &#xe9;mue pour ses fr&#xe8;res de gal&#xe8;re, jambons, saucisses et autres saumons. Mimile n&apos;en avait pas install&#xe9; au plafond de la cage, du moins pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&apos;est un Humanit&#xe9; crasseux, solitaire et puant, qui quitta sa cage, t&#xea;te baiss&#xe9;e, pour ne pas trop souffrir des railleries de ses potes. &amp;quot;Il faudrait peut &#xea;tre que j&apos;arr&#xea;te, un jour. Mais pas aujourd&apos;hui.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mimile lui servit son ballon de rouge du matin, et crut bon d&apos;ajouter &amp;quot;Faudra que tu le finisses&amp;quot; avant de se remettre &#xe0; rigoler dans sa barbe. Il y a des fois, il est gonflant, Mimile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; trouva un go&#xfb;t inf&#xe2;me &#xe0; son vin, mais il ne dit rien. Il avait accompagn&#xe9; Mimile chez le producteur, et c&apos;est lui qui lui avait conseill&#xe9; cette piquette de comp&#xe8;te. Non, il savait pourquoi. D&#xe9;j&#xe0;, une gitane ma&#xef;s avait le pouvoir de transformer le go&#xfb;t d&apos;une bi&#xe8;re en lisier, alors il imaginait tr&#xe8;s bien ce qu&apos;un paquet pouvait faire &#xe0; un ballon de rouge. Du fiel, c&apos;&#xe9;tait du fiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de son calvaire, c&apos;&#xe9;tait, ce serait sans aucun doute le boursogratgrat. Il avait fait de son jeu de hasard favori une c&#xe9;r&#xe9;monie du matin, une v&#xe9;ritable institution. Les symboles gagnants, il les connaissait par coeur. Un &amp;quot;S&amp;quot; barr&#xe9;, un &amp;quot;E&amp;quot; barr&#xe9;, et un &amp;quot;Y&amp;quot; barr&#xe9;. S&apos;il avait les trois en m&#xea;me temps, c&apos;&#xe9;tait le jackpot ! Il n&apos;aurait plus besoin de bosser, il pourrait passer sa vie en Airbus A380 &#xe0; survoler le monde et &#xe0; visiter tous les MacDo de la Terre pour parfaire son &#xe9;ducation gastronomique. Une vie de r&#xea;ve, en quelque sorte. Cette vie &#xe9;tait &#xe0; sa port&#xe9;e. Premi&#xe8;re case, avec une pi&#xe9;cette. Ah, il &#xe9;tait dur &#xe0; gratter, il &#xe9;tait certainement gagnant (la compagnie de jeu comptait sur cette astuce pour que les joueurs, &#xe9;nerv&#xe9;s par la r&#xe9;sistance de la case, rendent celle-ci illisible, r&#xe9;duisant du coup &#xe0; n&#xe9;ant le pr&#xe9;cieux s&#xe9;same pour une vie de r&#xea;ve).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &amp;quot;S&amp;quot; barr&#xe9; ! Son coeur se mit &#xe0; jouer de la musique techno. Le bonheur &#xe9;tait &#xe0; port&#xe9;e de ses doigts ! Deuxi&#xe8;me case, il faillit pousser un cri. &amp;quot;Non, il ne faut pas que &#xe7;a se voit, sinon je devrai payer une tourn&#xe9;e.&amp;quot; Un &amp;quot;E&amp;quot; barr&#xe9;. Serait-ce dans l&apos;ordre, en plus ? Le super bonus multiplicateur ? Il suffisait d&apos;un tout petit &amp;quot;Y&amp;quot; barr&#xe9;, ou m&#xea;me un deuxi&#xe8;me &amp;quot;S&amp;quot;, et sa fortune &#xe9;tait faite. Il se sentait comme ces grands acteurs, &#xe9;nerv&#xe9;s sur leur chaise, ne r&#xea;vant qu&apos;une chose : qu&apos;un acteur &#xe0; la mode mais ennuyeux prononce leur nom intelligiblement dans un micro, d&#xe9;clenchant une &amp;quot;Standing Ovation&amp;quot;, avec un discours de remerciement &#xe0; la cl&#xe9;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &amp;quot;K&amp;quot; ! Un mis&#xe9;rable &amp;quot;K&amp;quot;, comme &amp;quot;Kopec&amp;quot;, comme &amp;quot;des Klous&amp;quot;, comme &amp;quot;Ke dalle&amp;quot; ! La troisi&#xe8;me case l&apos;avait achev&#xe9;. Il avait perdu une fortune formidable en une seconde et demi. Ruin&#xe9; ! Il &#xe9;tait ruin&#xe9; ! Une lueur d&apos;espoir apparut dans ses yeux. &amp;quot;Un autre, il m&apos;en faut un autre, pour effacer cette cuisante poisse qui me va me pousser &#xe0; passer une sale journ&#xe9;e.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leva les yeux en direction du comptoir &#xe0; jeux. Un &#xea;tre mal&#xe9;fique, venu tout droit de l&apos;Enfer, entour&#xe9; d&apos;une aura de flammes, Humanit&#xe9; cherchait d&apos;ailleurs les sabots du regard, demandait d&apos;une voix trompeusement enfantine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;-Meussieu, ze peu avoir le boursogratgrat, C&apos;est pour mon papi !&lt;br /&gt;-Mais bien s&#xfb;r ma petite ch&#xe9;rie. Tu as de la chance, c&apos;est le dernier.&lt;br /&gt;-Ze peu avoir un kind&#xe8;re ? Mon papi il a dit que ze peux, avec la monnaie.&lt;br /&gt;-Mais bien s&#xfb;r ma pitchoune. Qu&apos;elle est mignonne cette petite. Elle me fait penser &#xe0; ma ni&#xe8;ce. Avec son petit neuneu dans les cheveux !&lt;br /&gt;-C&#xe9; pas un neuneu c&#xe9; un neu !&lt;br /&gt;-Mais oui, c&apos;est un noeud. Tiens ton gratgrat et ton Kinder. Dis bien le bonjour &#xe0; ton papi.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; fut tent&#xe9; de suivre ce monstre assoiff&#xe9; de sang, pour lui reprendre, de plein droit, le passeport pour la tranquillit&#xe9; qu&apos;il convoitait tant. Mais il &#xe9;tait civilis&#xe9;, &#xe7;a ne se faisait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calvaire n&apos;&#xe9;tait pas termin&#xe9;. Non, &#xe7;a aurait &#xe9;t&#xe9; trop beau que les malheurs d&apos;Humanit&#xe9; s&apos;arr&#xea;tent l&#xe0;. Le Diable en personne revenait de l&apos;Enfer, et pour chercher son &#xe2;me, cette fois-ci, pour de bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;- Meussieu, mon papi il a dit qu&apos;il avait gagn&#xe9; le Zac pote.&lt;br /&gt;- Ah oui ? Il y a quoi d&apos;&#xe9;crit sur tes cases ? demanda Mimile.&lt;br /&gt;- Esse euh igr&#xe8;que. Ca veut dire quoi, esse euh igr&#xe8;que ?&lt;br /&gt;- Oh mon dieu ! Ma petite, c&apos;est formidable ! Ca veut dire que ton papi va devenir tr&#xe8;s riche ! Dis lui de venir tout de suite !&lt;br /&gt;- Papi il a dit qu&apos;il arrive, son fauteuil roulant avance pas vite, il fait tout le temps couic couic&lt;br /&gt;- Ah ben riche comme il est, maintenant, il va pouvoir y mettre des fus&#xe9;es, &#xe0; son fauteuil roulant.&amp;quot;&lt;br /&gt;&amp;quot;- Saloperie de grabataire ! Et ordure de gamine !&amp;quot;, jura Humanit&#xe9;.&amp;quot;Moi je te l&apos;aurais foutu au fin fond d&apos;une pension, au lieu de lui faire acheter des jeux de hasard. C&apos;est pas l&#xe9;gal &#xe7;a, qu&apos;une gamine ach&#xe8;te un jeu. C&apos;est moi qui aurais d&#xfb; l&apos;acheter, ce ticket ! Je vais appeler mon avocat, &#xe7;a ne va pas se passer comme &#xe7;a !&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de ses potes lui ass&#xe9;na une r&#xe9;plique qui valait tous les regards r&#xe9;probateurs de l&apos;assembl&#xe9;e, et qui le calma aussit&#xf4;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Si t&apos;&#xe9;tais pas assez con pour te taper un paquet entier de clopes et de boire ton picrate, tu l&apos;aurais achet&#xe9; avant elle, ton ticket. Et pourquoi tu l&apos;as pas achet&#xe9; plus t&#xf4;t, quand tu as vu qu&apos;il en restait plus que deux ? Va te calmer au lieu de dire des conneries comme &#xe7;a. Le jeu, c&apos;est qu&apos;un jeu.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; claqua la porte du troquet et rejoignit, silencieux, son 4x4, sur le parebrise duquel avaient fleuri moults autographes de la Mar&#xe9;chauss&#xe9;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 25 Oct 2007 16:44:00 GMT</pubDate></item><item><title>Une nuit sans lune</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/22/6633129.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/22/6633129.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6633129/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/22/6633129.html</guid><description>&lt;p&gt;Une petite chambre. Une petite chambre &#xe9;clair&#xe9;e par une lumi&#xe8;re condamn&#xe9;e &#xe0; &#xea;tre tamis&#xe9;e par une vieille nuisette qui &#xe9;tait tellement cram&#xe9;e que m&#xea;me une clodo n&apos;en aurait pas voulu. M&#xea;me pas une clodo foldingue. Une petite chambre qui avait connu plus de grandeur, mais une vente &#xe0; la d&#xe9;coupe en avait d&#xe9;cid&#xe9; autrement. Maintenant, l&apos;ancienne porte d&apos;entr&#xe9;e &#xe9;tait devenue l&apos;entr&#xe9;e d&apos;un couloir. Un couloir qui menait &#xe0; deux chambres. Ce qui se passait dans cette deuxi&#xe8;me chambre, elle n&apos;en savait rien. Elle ne connaissait que cette chambre, lou&#xe9;e gr&#xe2;ce au concours de l&apos;assistante sociale. La garce celle l&#xe0; ! Toujours &#xe0; se m&#xea;ler des affaires des autres, &#xe0; savoir mieux que les autres de quoi ils ont besoin. Elle avait toujours eu une vie facile, elle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte de la chambre d&apos;&#xe0; c&#xf4;t&#xe9;. Quand elle rentrait, sur les coups de cinq heures, seule, elle n&apos;osait pas allumer la lumi&#xe8;re du couloir, de peur de d&#xe9;clencher la col&#xe8;re de cette obscurit&#xe9; inqui&#xe9;tante qui d&#xe9;passait de sous cette porte. Ce qu&apos;elle entendait &#xe0; travers les murs, les cris comme les rires, tout, elle le prenait comme un avertissement &#xe0; ne pas se m&#xea;ler de ces affaires l&#xe0;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, c&apos;&#xe9;tait ses clients qui lui permettaient de d&#xe9;passer cette peur. Avec eux, elle ne craignait pas d&apos;appuyer sur le bouton, de conjurer l&apos;obscurit&#xe9; par ses rires et de combler le silence par la lumi&#xe8;re. Mais jamais l&apos;inverse. Ses clients, ses amis, elle satisfaisait leur vice, si souvent si simple, malgr&#xe9; leurs airs de r&#xe9;inventer le sexe, et eux satisfaisaient tous ses vices, ses vices &#xe0; elles si capricieux qu&apos;elle &#xe9;tait parfois incapable de reconna&#xee;tre de quoi elle avait vraiment envie. Parfois ils lui refilaient un truc, en prime, mais comme elle &#xe9;tait partageuse, elle s&apos;en foutait. &amp;quot;Qu&apos;ils se d&#xe9;merdent entre eux. Quand ils seront propres, je serai propre.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir elle avait fait rel&#xe2;che. Elle le regretterait demain, quand Il le saurait. Mais ce soir elle s&apos;en fichait. &amp;quot;Une nuit sans lune, une nuit sans sexe, peut &#xea;tre que c&apos;est pour cette fois&amp;quot;, esp&#xe9;ra-t-elle. Elle ouvrit le tiroir de gauche de sa coiffeuse, celui qu&apos;elle ouvrait le moins. Elle en sortit un joli cahier rose, un cahier qu&apos;elle avait su pr&#xe9;server toutes ces ann&#xe9;es de la Souillure, le seul vestige de sa puret&#xe9;. Elle sortit de son sac un bic tout bouff&#xe9; &#xe0; l&apos;extr&#xe9;mit&#xe9;, et commen&#xe7;a &#xe0; &#xe9;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Mon cher petit,&amp;quot;&lt;br /&gt;Non, &#xe7;a va le braquer. Et une page, une.&lt;br /&gt;&amp;quot;Humanit&#xe9;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne te rappelles pas de moi, mais tu m&apos;as bien connu, quand tu &#xe9;tais tout petit. Tes papas...&amp;quot;&lt;br /&gt;Merde, c&apos;est vrai qu&apos;il ne sait pas, &#xe7;a non plus. Bon je d&#xe9;chire et je refais vite.&lt;br /&gt;&amp;quot;Humanit&#xe9;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne ... gna gna gna, quand tu &#xe9;tais tout petit. Ton papa et moi, on se connaissait bien, et on a parfois fait des balades ensemble, au parc et au zoo. Je t&apos;ai appris le nom des animaux, et des plantes aussi. Tu adorais &#xe7;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un jour, j&apos;ai eu une dispute idiote avec ton papa. On ne s&apos;est pas compris, et comme tu &#xe9;tais petit, tu n&apos;as pas d&#xfb; comprendre. Mais tu n&apos;y &#xe9;tais pour rien. Moi non plus. Lui non plus. Mais comme j&apos;ai de bons souvenirs des instants pass&#xe9;s avec toi, j&apos;aimerais qu&apos;on se revoie. Je suis tr&#xe8;s malade, et tu es mon seul...&amp;quot;&lt;br /&gt;Non, je n&apos;ai pas &#xe0; lui faire subir &#xe7;a.&lt;br /&gt; &amp;quot;Humanit&#xe9;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bla bla bla ... J&apos;aimerais qu&apos;on se revoit&amp;quot;&lt;br /&gt;Putain ! J&apos;ai fait une faute ! Merde !&lt;br /&gt;&amp;quot;Humanit&#xe9;,&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle savait qu&apos;elle avait d&#xe9;pass&#xe9; le peu de temps de lucidit&#xe9; que son cerveau lui accordait. D&#xe9;j&#xe0; les boules de papier rageusement jet&#xe9;es dans la corbeille ne l&apos;int&#xe9;ressaient plus. D&#xe9;j&#xe0; le tiroir de gauche &#xe9;tait referm&#xe9;, et celui du milieu s&apos;&#xe9;tait ouvert. Tant qu&apos;elle n&apos;ouvrait pas celui de droite, elle ne le trahirait pas. Pas ce soir. Juste une gorg&#xe9;e et &#xe7;a va aller mieux. Elle reprendra, elle en est s&#xfb;re, elle le jure, la t&#xe2;che qu&apos;elle devait faire depuis des ann&#xe9;es. Mais c&apos;est d&#xe9;j&#xe0; oubli&#xe9;. Mais elle sait qu&apos;elle a oubli&#xe9; quelque chose, et un vide affreux l&apos;envahit. Une gorg&#xe9;e ne suffira pas. &#xc7;a ne va pas assez profond. Il lui faut absolument ouvrir le tiroir de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des vibrations traversaient le mur. Des rires d&apos;enfant, joyeux, heureux, terrorisaient cette pauvre femme &#xe0; quatre pattes sur le sol, gerbant son &#xe2;me, un &#xe9;lastique gisant au sol. &#xc9;taient-ils dans sa t&#xea;te, ces rires, ou dans la chambre d&apos;&#xe0; c&#xf4;t&#xe9; ? Quelle importance ? Quelle importance de quoi ? Quoi ? Rien. Rien. Le n&#xe9;ant.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 22 Oct 2007 20:48:00 GMT</pubDate></item><item><title>Le supercharm&#xe9;</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/21/6619884.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/21/6619884.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6619884/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/21/6619884.html</guid><description>&lt;p&gt;Humanit&#xe9; venait toujours tr&#xe8;s t&#xf4;t faire ses courses au supercharm&#xe9;. Il aimait voir tous ces petits vieux align&#xe9;s devant l&apos;entr&#xe9;e&amp;nbsp; du magasin, empoignant leur caddie comme s&apos;ils &#xe9;taient &#xe9;quip&#xe9;s de vitesses, vous savez, comme les poign&#xe9;es des motos. Leur front &#xe9;tait pliss&#xe9;. Ce n&apos;&#xe9;tait pas la vieillesse, oh &#xe7;a non. Il leur importait surtout que le rayon fut plein de sucre et d&apos;huile &#xe0; leur arriv&#xe9;e, de peur de manquer. Il fallait donc qu&apos;ils arrivent les premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humanit&#xe9; les laissait toujours partir devant, sauf qu&apos;il ne fallait pas trop qu&apos;il tra&#xee;ne. M&#xea;me si on &#xe9;tait samedi, il n&apos;avait pas de temps &#xe0; perdre. Mais au moins le supercharm&#xe9; lui faisait gagner du temps. Avant, il se tra&#xee;nait, se tra&#xee;nait, dans cette foule grouillante du march&#xe9;, devant parcourir toute une cette place &#xe0; pieds pour ses produits frais. Et ensuite ce n&apos;&#xe9;tait pas fini. Il fallait qu&apos;il compl&#xe8;te, qu&apos;il aille de boutique en boutique, &#xe9;picier, quincailler, horloger, boulanger, c&apos;&#xe9;tait pas le pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le supercharm&#xe9;, c&apos;&#xe9;tait trop bien. Il pouvait courir entre les rayons, en propulsant son caddie dans les chevilles des vieilles dames parfois, en bloquant le passage &#xe0; une m&#xe8;re de famille qui avait le culot de le bloquer lui dans tous les rayons, sous pr&#xe9;texte qu&apos;elle subissait la boulimie de remplissage de chariot de ses sales mioches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis on trouvait de tout. On pouvait manger vari&#xe9; et &#xe9;quilibr&#xe9; : des p&#xe2;tes, des patates, de la semoule, du riz, de la pur&#xe9;e en poudre, des frites congel&#xe9;es, des tortillas, des galettes, des pitas. On trouvait toujours des fruits et l&#xe9;gumes de saison de l&apos;autre bout du globe en promotion : le voyage pour les l&#xe9;gumes, l&apos;exotisme pour le consommateur. Et puis il y avait des cacahuettes. Celles qu&apos;Humanit&#xe9; pr&#xe9;f&#xe9;rait, c&apos;&#xe9;tait les cacahuettes avec la coque. Et &#xe7;a depuis qu&apos;il avait eu une discussion avec son banquier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Monsieur Humanit&#xe9;, j&apos;ai un contrat en or &#xe0; vous proposer. Un emprunt qui r&#xe9;soudra tous vos probl&#xe8;mes.&lt;br /&gt;- Ah oui et il faut que je mette quoi en caution ? Un rein, une c&#xf4;te ?&lt;br /&gt;- Rien de tout cela. Il faut juste que vous acceptiez quelques petits am&#xe9;nagements dans votre maison.&lt;br /&gt;- Ecoutez, je n&apos;ai plus de place pour une seule machine &#xe0; coudre dans mon garage.&lt;br /&gt;- Non, ce n&apos;est pas cela. Nous voudrions vous offrir le sanibroyeur gps derni&#xe8;re g&#xe9;n&#xe9;ration. Il compte la quantit&#xe9; de mati&#xe8;re s&#xe8;che que vous, hum, disons, hum, &#xe9;vacuez.&lt;br /&gt;- Et c&apos;est tout ?&lt;br /&gt;- Non. Il faudra que vous produisiez le maximum de mati&#xe8;re s&#xe8;che. Plus vous en produirez chaque jour, plus votre taux de remboursement sera bas.&lt;br /&gt;- Et comment je fais pour manger de la mati&#xe8;re s&#xe8;che ?&lt;br /&gt;- Mangez des fibres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#xe0; comment Humanit&#xe9; commen&#xe7;a &#xe0; manger les cacahuettes avec la coque. Mais les cacahuettes avaient mille vertus. Il avait remarqu&#xe9; qu&apos;en enduisant ses bras de beurre de cacahuettes, il leur &#xe9;vitait de r&#xe9;tr&#xe9;cir. L&apos;id&#xe9;e lui &#xe9;tait venue un jour o&#xf9; son patron l&apos;avait persuad&#xe9; de travailler sans &#xea;tre pay&#xe9;, juste &amp;quot;pour la beaut&#xe9; du geste&amp;quot;, comme il disait en rigolant. Comme ce jour l&#xe0; il n&apos;avait pas le temps de manger &#xe0; la caf&#xe9;t&#xe9;ria, il avait pioch&#xe9; dans le pot de beurre de cacahuettes. Et ses doigts, d&#xe9;s&#xe9;ch&#xe9;s par le travail sur les machines, avait comme par miracle regonfl&#xe9; un peu. Depuis, il faisait son beurre de cacahuettes lui m&#xea;me. Comme &#xe7;a, il pouvait r&#xe9;duire son taux de remboursement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du taux de remboursement, Humanit&#xe9; exag&#xe9;rait un peu. Il r&#xe9;cup&#xe9;rait le gazon qu&apos;il r&#xe9;coltait du bac de sa tondeuse pour en remplir ses toilettes. Parfois, &#xe7;a les bouchait pendant trois jours, mais le taux en valait la chandelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant &#xe0; la caisse, il se f&#xe9;licitait toujours de pr&#xe9;f&#xe9;rer le supercharm&#xe9; aux petits commerces, parce qu&apos;il perdait moins de temps &#xe0; se laisser rabattre les oreilles par ces commer&#xe7;ants oisifs qui passaient leur temps &#xe0; commenter la m&#xe9;t&#xe9;o. A la place, il avait une chance (sur vingt parce qu&apos;il y avait vingt caisses) de tomber sur la caissi&#xe8;re ultrarapide et sexy qu&apos;il quittait presque &#xe0; regrets au bout seulement de cinq minutes. Mais ce n&apos;&#xe9;tait pas pour aujourd&apos;hui. L&#xe0; c&apos;&#xe9;tait un mec (beurk beurk, on l&apos;appelle comment, un caissi&#xe8;re ?), s&#xfb;rement un stagiaire, le fils de la patronne sans doute, un gros fain&#xe9;ant certainement. Ce ben&#xea;t regardait avec patience une m&#xe9;m&#xe9; compter ses pi&#xe8;ces dans son porte-monnaie. De la patience ! Et puis quoi encore ? J&apos;en ai moi de la patience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#xe8;s l&apos;humiliation d&apos;avoir perdu son temps, Humanit&#xe9; remplissait l&apos;arri&#xe8;re de son 4X4 &#xe9;cologique au biogras. Il se f&#xe9;licitait de l&apos;avoir achet&#xe9;, comme &#xe7;a il pouvait y mettre toutes ses courses. D&apos;ailleurs, il fallait qu&apos;il aille faire le plein. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 21 Oct 2007 21:24:00 GMT</pubDate></item><item><title>Alors &#xe7;a gaze ?</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/20/6599730.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/20/6599730.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6599730/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/20/6599730.html</guid><description>&lt;p&gt;- alors docteur ?&lt;br /&gt;- hum oui ?&lt;br /&gt;- ben qu&apos;est-ce que j&apos;ai ?&lt;br /&gt;- un cancer du gras, comme je vous l&apos;ai dit hier, avant-hier, avant-avant avant hier&lt;br /&gt;- non avant-avant hier j&apos;avais une couche d&apos;eau chaude&lt;br /&gt;- c&apos;est vrai, mais vous aviez aussi un cancer du gras&lt;br /&gt;- qu&apos;est ce que je peux faire ?&lt;br /&gt;- rien, vous &#xea;tes fichu. Je vous donne cinquante ans &#xe0; vivre et hop ! &lt;br /&gt;- s&#xe9;rieux ?&lt;br /&gt;- oui&lt;br /&gt;- vraiment ?&lt;br /&gt;- j&apos;en sais rien moi. Jusqu&apos;&#xe0; pr&#xe9;sent vous avez eu de la chance, malgr&#xe9; les s&#xe9;quelles, vous vous en &#xea;tes toujours sorti. Vous &#xea;tes un miracul&#xe9;. Mais bon, &#xe7;a ne va pas durer.&lt;br /&gt;- pourquoi ?&lt;br /&gt;- parce que .. je ne sais pas moi ! A force de tirer sur la corde, et bien, elle casse ! Voil&#xe0; tout !&lt;br /&gt;- vous avez des preuves scientifiques ?&lt;br /&gt;- vous &#xea;tes un scientifique ?&lt;br /&gt;- non&lt;br /&gt;- oui j&apos;en ai, mais comme vous ne pouvez pas comprendre parce que vous n&apos;&#xea;tes pas un scientifique je ne vous en donne pas. Il faudra me faire confiance.&lt;br /&gt;- et je peux faire quoi pour aller mieux ?&lt;br /&gt;- il faut vous poser un anneau drastique&lt;br /&gt;- non j&apos;en veux pas. C&apos;est pas bon pour ma croissance.&lt;br /&gt;- mais vous avez d&#xe9;j&#xe0; votre taille adulte ! Qu&apos;est ce que vous voulez croitre ? Non, ne me dites pas, je ne veux pas savoir.&lt;br /&gt;- il n&apos;y a pas d&apos;autre chose ?&lt;br /&gt;- si, vous avez une vache ?&lt;br /&gt;- oui&lt;br /&gt;- et bien s&#xfb;r vous la gardez chez vous ?&lt;br /&gt;- ben oui&lt;br /&gt;- et elle a des, comment dire, des flatulences ?&lt;br /&gt;- ben oui, moi aussi&lt;br /&gt;- il faut vous d&#xe9;barasser de votre vache. Elle vous intoxique&lt;br /&gt;- mais je peux pas me s&#xe9;parer de Fleurette. Elle est gentille, et puis elle me donne du lait et de la viande. Et puis moi aussi je p&#xe8;te.&lt;br /&gt;- bon alors donnez lui de l&apos;ail &#xe0; manger&lt;br /&gt;- ben non, elle va avoir mauvaise haleine&lt;br /&gt;- parce que &#xe7;a ne vous d&#xe9;range pas que votre vache p&#xe8;te et vous vous inqui&#xe9;tez de son haleine ?&lt;br /&gt;- c&apos;est pas vous qui vivez avec elle&lt;br /&gt;- c&apos;est s&#xfb;r. Bon &#xe9;coutez on va d&#xe9;marrer un nouveau protocole. Il est un peu Kyoto mais &#xe7;a va peut &#xea;tre vous donner quelques ann&#xe9;es de plus&lt;br /&gt;- il faut faire quoi ?&lt;br /&gt;- rien, il faut juste respirer avec un seul poumon &#xe0; la fois. Comme &#xe7;a vous pr&#xe9;servez l&apos;autre. Et puis vous alternez les poumons. Et puis il faut mettre un filtre antiparticules &#xe0; votre vache&lt;br /&gt;- vous croyez qu&apos;elle va accepter &#xe7;a ?&lt;br /&gt;- ah ben c&apos;est s&#xfb;r faut pas lui demander son avis. Mais vous verrez, elle s&apos;y fera tr&#xe8;s bien&lt;br /&gt;- elle va me filer des coups de sabot, oui&lt;br /&gt;- vous mettez pas derri&#xe8;re elle ! Il faut ruser, par le c&#xf4;t&#xe9;&lt;br /&gt;- bon avec &#xe7;a qu&apos;est ce que je vous doit ?&lt;br /&gt;- 10000 milliards de dollars&lt;br /&gt;- mais c&apos;est cher ! Ca a encore augment&#xe9; ? Je n&apos;ai pas assez d&apos;argent !&lt;br /&gt;- vous n&apos;avez qu&apos;a faire un ch&#xe8;que&lt;br /&gt;- vous prenez la carte vitale ?&lt;br /&gt;- et puis quoi encore. La s&#xe9;curit&#xe9; sociale, c&apos;est pas automatique.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sat, 20 Oct 2007 08:13:49 GMT</pubDate></item><item><title>R&#xe9;veil difficile</title><dc:creator>bonneau_m</dc:creator><link>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/19/6588894.html</link><comments>http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/19/6588894.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://humanitassapiens.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6588894/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://humanitassapiens.canalblog.com/archives/2007/10/19/6588894.html</guid><description>&lt;p&gt;Humanit&#xe9; est dans la salle de bain. Il le sait juste parce qu&apos;il a ras&#xe9; le sol et qu&apos;il a constat&#xe9; que la moquette chaude et moelleuse de la chambre a laiss&#xe9; place &#xe0; du carrelage froid et dur. Machinalement, il met du dentifrice sur sa brosse &#xe0; dents et commence &#xe0; d&#xe9;crasser ses quenottes. Humanit&#xe9; l&#xe8;ve les yeux et se regarde dans la glace. Quelle horreur ! Il a une sale t&#xea;te, les cheveux &#xe9;bouriff&#xe9;s, une barbe de quatre jours, des yeux rougis par les exc&#xe8;s de la veille. Il remarque un d&#xe9;tail, le d&#xe9;tail qui tue: il a boutonn&#xe9; son pyjama de travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une fois, et c&apos;est rare, il se regarde de plus pr&#xe8;s. Enfin, il regarde le bonhomme aux cheveux &#xe9;bouriff&#xe9;s, &#xe0; la barbe de quatre jours, aux yeux rougis et au pyjama mal boutonn&#xe9;. Non, ce n&apos;est pas moi, ce n&apos;est pas possible ! se dit-il. Quelle sale tronche ! Ce n&apos;est plus l&#xe0; une question de cheveux, de barbe, de yeux ou de bouton. C&apos;est l&apos;impression g&#xe9;n&#xe9;rale. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait Frankenstein. Il est recousu de partout, il a en fait une toute petite t&#xea;te, un vilain gros sourcil qui lui donne l&apos;impression d&apos;&#xea;tre toujours bougon. Et puis il a un gros bide, &#xe9;norme, plein de graisse. Il para&#xee;t qu&apos;il a un cancer, mais il s&apos;en fout, jusque l&#xe0; il s&apos;est gu&#xe9;ri tout seul. Et puis regardez moi ces bras ! Ils sont tout maigres ! Comment un gros bonhomme pareil peut-il avoir des bras aussi maigres ? Il se d&#xe9;calcifie en plus. Si &#xe7;a continue, il ne va plus rester qu&apos;un gros ballon de graisse, avec des tentacules tout rikikis, et un gros sourcil coll&#xe9; sur le ballon. Un cancer de la graisse. &#xc7;a existe &#xe7;a?&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 19 Oct 2007 08:02:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>